Depuis des années, les causes de la sclérose en plaques restent un mystère. Même
si la recherche à fait d’énorme progrès en immunologie, en génétique, en virologie, …, l’arsenal thérapeutique reste malgré cela très limité à des medicaments immuno-modulateur (bétâféron,
avonex, rebiff ou copaxone) et immuno-supresseur (cortisone, novantrone, tysabri). Mais toujours en tentant d'agir sur le système immunitaire.
L'opinion selon laquelle la réaction auto-immune est la seule sur laquelle on
peut influer pour améliorer l'état général de la personne atteinte est peut être erronée.
En 2009, un chercheur italien a émi une hypothèse selon laquelle, la
sclérose en plaques aurait une composante vasculaire fondamentale. Il a publié le résultat de ses recherches. La corrélation entre la sclérose en plaques et ce qu’il a appelé l’insuffisance
veineuse céphalorachidienne chronique (IVCC) a clairement été mise en évidence. Ce qui n'est pas une idée nouvelle. Elle est soutenue par plusieurs observateurs scientifiques depuis 170
ans. Le neurologue français, Jean Martin Charcot, a lui même fait cette
observation au 19e siecle.
Alors que la théorie auto-immune de la sclérose en plaques a dominé les récentes
recherches, les premières études scientifiques sur la maladie ont fortement suggéré une corrélation vasculaire, si ce n'est une cause vasculaire.
Voici un bref historique de ces observation et ces recherches
:
1839 : J. Cruveilhier, un anatomiste français, remarque une vascularisation anormale. Il compare les lésions de sclérose en plaques avec les résultats d'une
embolie.
1863 : GE Von Rindfleisch, pathologiste allemand, a observé au microscope des échantillons d'autopsie du cerveau de malades de sclérose en plaques et a noté un vaisseau sanguin engorgé dans le centre de
chaque plaque.
1863 : Jean Martin Charcot, neurologue français, décrit l'obstruction vasculaire dans la
sclérose en plaques.
1882 : Hugo Ribbert soutient que les zones démyélinisées sont liées à une thrombose primaire
diffuse. Il a décrit une veine centrale congestionnée dans toutes les plaques sclérosées.
1930 : Le docteur TJ Putnam, médecin américain, a étudié les effets du flux veineux obstrué
dans les veines cérébrales de chiens. Ces animaux ont développé un certain nombre d'anomalies similaires à l'encéphalite ou la sclérose en plaques.
La similitude entre ces lésions et beaucoup de celles observées dans les cas de sclérose en plaques chez l'homme est si frappante que la conclusion semble presque inévitable,
l'obstruction des veinules est l'antécédent immédiat essentiel à la formation de plaques typiques sclérosées
1937 : Le docteur Putnam affirme que la thrombose des petites veines de petite taille pourrait
être le mécanisme sous-jacent de la formation de la plaque.
1942 : Le docteur Robert Dow et le docteur George Berglund ont continué la recherche du
docteur Putnam et ont trouvé d'autres rapprochements veineux avec des lésions de sclérose en plaques.
1950 : Le docteur Zimmerman et le docteur Netsky ont favorisé la recherche de Dow et Berglund.
Ils ont noté que les lésions étaient en effet de nature veineuse, mais non causées par une petite thrombose comme Putnam l'avait suggéré.
1963 : Torben Fog, professeur danois, a remarqué que les lésions de sclérose en plaques se
situaient principalement autour des petites veines. Fog résume ses résultats sur une série d'études du cerveau indiquant que "les plaques suivaient le cours des veines, de sorte que les
dimensions des veines déterminent la forme et la dimension des plaques."
1973 : Alfons F. Schelling, de l'Université d'Innsbruck, a commencé ses enquêtes sur les
énormes différences individuelles dans les largeurs des points veineux du crâne humain.
1981 : A l'Hôpital pour maladies nerveuses à Salzbourg, Alfons F. Schelling découvre
d'importantes anomalies de la circulation sanguine à travers les crânes de victimes de la sclérose en plaques. Une observation cruciale a été le rôle du système veineux dans la sclérose en
plaques et la genèse des lésions. Précédant l'hypothèse similaire (mais plus détaillée) sur l’IVCC du docteur Zamboni, Schelling a suggéré que la sclérose en plaques pourrait être au moins
partiellement la conséquence du reflux du sang dans le système nerveux central. Bien que l'hypothèse du docteur Schelling apparaisse maintenant remarquablement pertinente, lorsque celui-ci a
publié ses recherches à l'époque, il a été ridiculisé, rejeté, ou tout simplement ignoré.
1987 : Adams, qui s'est spécialisé dans les études de tissus microscopiques du développement de la plaque de sclérose
("histopathologie"), a mené une série d'expériences dans les années 1980 confirmant le caractère vasculaire fondamental dans le développement de la plaque de sclérose en plaques.
1990 : Kermode, dans une publication primordiale "la rupture de la barrière hémato-encéphalique précède les symptômes et autres
signes de nouvelles lésions (IRM) de la sclérose en plaques," Kermode a démontré à travers quatre études de cas méticuleusement documentées que la brèche de la barrière hémato-encéphalique a eu
lieu avant l'apparition des symptômes de sclérose en plaques. Kermode conclut que "Cela confirme l'opinion selon laquelle un défaut de la barrière hémato-encéphalique, et donc l'inflammation,
est un événement précoce et peut-être crucial dans la pathogenèse de la nouvelle lésion dans la sclérose en plaques." Kermode note également que "Ces inflammations autour des veines sont
également présentes dans la matière normalement blanche... ce qui mène à la conclusion que l'inflammation périvasculaire dans la sclérose en plaques peut se produire en l'absence de
détérioration de la myéline, et la suggestion d'un accident vasculaire est un préalable nécessaire au développement de dommages structurels. "
1994 : Kwon et Prineas en validant les résultats de Kermode, ont corroboré cette perméabilité de la barrière hémato-encéphalique qui
apparaît avant démyélinisation.
1998 : B.H.J. Juurlink de la MS & Cameco Neuroscience Research Center à Saskatoon, (Canada), a rassemblé un vaste corpus de
recherche reliant la sclérose en plaques à une infiltration de globules blancs dans le système nerveux central par le biais de la perméabilité vasculaire anormale. Le travail de Juurlink, a
souligné le rôle de l'hypo-perfusion (diminution du flux sanguin), expliquant de façon convaincante la détérioration endothéliale comme un élément clé de la violation de la barrière
hémato-encéphalique, souvent considérée comme une caractéristique de la sclérose en plaques.
2006 : Avant de proposer la théorie de l’insuffisance veineuse céphalorachidienne chronique (IVCC), le professeur Zamboni de
l'Université de Ferrare (Italie), a présenté un document constatant la similitude remarquable entre la maladie veineuse chronique, et la sclérose en plaques, y compris les lésions similaires et
dépôts de fer/fibrinogène.
2008 : Ge, Zohrabian, et Grossman ont utilisé la technique IRM haute résolution pour "décrire la relation péri-veineuse des lésions
de sclérose en plaques". Ils ont produit des images avec des détails jamais mis en évidence, et ont noté que sur les 80 lésions étudiées chez les patients, "toutes, ont montré une localisation
strictement péri-vasculaire, suivant la forme, l'orientation, et le cours des veines". Ils notent que "ces résultats, qui n'ont jamais été démontrés par l’utilisation classique de l'IRM, non seulement permettent la preuve directe de la pathogenèse vasculaire dans la sclérose en plaques in vivo, mais ont des implications importantes pour
surveiller l'activité de la lésion et la réponse thérapeutique."
2009 : Kirk McQuaid, en Irlande, a consacré une décennie à la recherche sur la formation de la plaque et la pathogenèse de la
sclérose en plaques. Résumant son travail, McQuaid confirme que "le disfonctionnement de la barrière hémato-encéphalique est une caractéristique majeure de la sclérose en plaques." En outre, il
indique que les fuites fibrinogènes anormales (comme dans l'hypothèse de Zamboni en 2006) constituent l'un des premiers événements associés à la formation de lésions de la sclérose en plaques,"
notant enfin que "le fibrinogène qui a migré à travers la barrière hémato-encéphalique en raison d'une dysfonction endothéliale peut affecter le système nerveux central et provoquer une
réaction immunitaire.
2009 : Le professeur Zamboni recourt à
l'écho-doppler, démontrant une forte corrélation entre IVCC et sclérose en plaques.
25 novembre 2009 : Le professeur Paolo Zamboni
suggère que la sclérose en plaques pourrait avoir une cause vasculaire et elle pourrait ainsi être traitée par une chirurgie.
Selon le professeur Paolo Zamboni, la sclérose en plaques, considérée comme une maladie neurologique et auto-immune, pourrait être causée par une
perturbation de la circulation sanguine entraînant une incapacité du système veineux à drainer efficacement le sang du cerveau, un phénomène appelé insuffisance veineuse céphalorachidienne
chronique (IVCC). Ce trouble causerait une augmentation de la pression dans les veines du cerveau et de la moelle épinière et provoquerait des lésions dans ces organes.
Plusieurs études ont montré un lien entre des dépôts de fer dans les vaisseaux sanguins et la sclérose en plaques. Des excès de dépôts de métaux lourds
ont, de leur côté, été associés à l'inflammation et la mort de cellules en laboratoire. Ce sont deux caractéristiques de la sclérose en plaques, explique le chercheur.
En utilisant des ultrasons pour examiner les vaisseaux sanguins faisant circuler le sang vers et en provenance du cerveau, il a constaté que, chez 90% des
personnes atteintes de la maladie, les veines qui drainent le sang du cerveau étaient malformées ou bloquées, ce qui n'était pas le cas chez les personnes ne souffrant pas de la maladie.
L'angioplastie pratiquée chez certains a amené, dans 73% des cas, une disparition des symptômes de la maladie après 2 ans.
23 Septembre 2010 : Le professeur
Rohit Bakshi de Harvard a rencontré le professeur Zamboni à l'Université de Ferrare (Italie) et y a détaillé
le rôle du fer dans la sclérose en plaques. Pour autant, les deux chercheurs ont exploré le sujet en totale indépendance l'un vis-à-vis de l'autre. Mais leurs conclusions aboutissent au même
constat : plus on trouve de fer dans le cerveau, plus on observe une exacerbation de la maladie. Et cette présence inopportune tend à provoquer une atrophie de certaines régions du
cerveau.
octobre 2010 : Rohit Bakshi apporte une nouvelle
confirmation de « l’hypothèse Zamboni. Après dix ans de recherches, il confirme l'importance que revêt pour la communauté scientifique l'hypothèse d'une origine veineuse de la sclérose en
plaques, l'insuffisance veineuse céphalorachidienne chronique.
Ce renfort médical permet à Paolo Zamboni de déclarer qu'une nouvelle pièce du puzzle vient d'être placée. Elle s'encastre parfaitement aussi avec les
résultats des tests pratiqués par Fabrizio Salvi, chercheur et neurologue, sur un lien hypothétique entre sténose des veines et apparition de la sclérose en plaques en raison de l'accumulation de
fer produite dans le cerveau.
Le Professeur Bakshi a pu mesurer la concentration réelle de fer dans le cerveau par IRM, ce qui n'était entrepris auparavant que lors d'autopsies.
Ces avancées militent en faveur d'une intensification de la recherche ainsi que le réclament les milliers de personnes frappées par cette maladie
dramatique. Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à filer à l'étranger (Bulgarie, Indes, Mexique, Pologne, …) pour bénéficier de l'angioplastie (à leurs frais, environ 6000 euros) qu'on
leur refuse chez eux. Il s'agit d'intervenir par ce procédé simple sur la rupture de la barrière hémato-encéphalique.